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L'Autre voie N°8 (2012)

L\'Autre voie N°8 (2012)

CHRONIQUES NOMADES:
La Fiancée du bout du monde... au Laos

Voici un extrait d'un ouvrage à paraître, un récit de voyage au long cours à travers le continent asiatique, à la rencontre de mariages traditionnels et en quête d'exotisme pour nos noces nomades…

Tout commence au Laos, sur le plateau des Boloven…


Nous sommes à l'aube d'une aventure grandiose. De bon matin, Bastien loue une moto, pour une semaine entière, et me propose une incroyable épopée. Mon fiancé est devenu un motard invétéré. Il désire nous entraîner dans de folles pérégrinations, autant inoubliables qu'insolites. La plus originale des lunes de miel. La tournée des treize cascades. Il m'entraîne au café, afin de m'expliquer le périple. Le soleil dort encore. L'intensité nous guette. Bastien parle avec une exaltation déterminée. Je l'écoute en silence, l'âme en papillote....
Yanna Byls
Lire l'article : http://www.deroutes.com/AV8/laos8.htm

Magazine Globe Trotters Novembre/décembre 2011

Magazine Globe Trotters Novembre/décembre 2011

Malaisie. Rencontre avec la tribu rungus.

Découverte d’une éthnie méconnue,
de ses coutumes, ses costumes,
son artisanat, son habitat...
dans un tourbillon de couleurs et de sourires accueillants.

À l’aube, je quitte Kota Kinabalu en direction du nord de Sabah. Sur la route de Kudat, je fais halte au village de Bavanggazo où vit l’ethnie rungus, célèbre pour ses maisons traditionnelles en bambou, extrêmement longues. J’atteins enfin la “maison longue” rungus du nom de Maranjak, qui est un centre culturel et aussi un gîte chez l’habitant.
Dans l’antre rungus. Je me demande quelle bonne fée m’a conduite dans cette communauté spectaculaire, riche d’histoire, alors que ce matin même, je ne connaissais pas son existence. Je me félicite de laisser le hasard s’occuper de mon voyage.
Au coeur d’une nature d’une densité incroyable, un couple charmant m’accueille dans la cabane du bord de route qui fait office de restaurant. Je m’installe à une table et prends un thé. De l’autre côté de la voie, la demeure de style ancestral rungus, se dresse, seule, au milieu des monts touffus.
La maison est construite en bambou. Elle estlongue d’une centaine de mètres environ.
Je contemple cette étrange bâtisse avec fascination.Cette construction de style unique s’étirele long du jardin, parmi les ananas et les fleurs tropicales. La bâtisse repose sur de courts pilotis.
Le mur, qui fait face à la route, présente sur toute la façade de bambou une ouverture inclinée munie de barreaux de bois, comme une fenêtre géante. Tandis que la femme prépare en silence un déjeuner de légumes, son époux m’invite à découvrir l’intérieur de la mystérieuse maison...

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Magazine GLOBE-TROTTERS Janvier/février 2011

Magazine GLOBE-TROTTERS Janvier/février 2011

Découvrir le pérou - Folle équipée au pays des Chachapoyas.
Une véritable aventure humaine mais aussi mystique, sur le chemin de l’Inca.

 Au crépuscule, je découvre le merveilleux fleuve Yakumama, vénéré des Anciens. Au cours du périple, nous croisons des paysans vêtus de mille couleurs qui foulent de leurs pas les traces des célèbres ancêtres.

Avec quelques compagnons de route, et Ronald, notre guide, je m’aventure à pied et à cheval à travers les grandioses montagnes andines. De Cohechan, village traditionnel des Andes amazoniennes, la troupe s’élance à pied sur un chemin abrupt. Nous laissons derrière nous les maisons de terre brune devant lesquelles les femmes aux ponchos multicolores regardent la pluie tomber, le regard absent. Une route rouge passe à l’à-pic de fantastiques falaises et grimpe vers un sentier de pierres plates comme des marches d’escalier, ces mêmes marches qu’empruntèrent les Indiens Chachapoyas et plus tard les Incas. Le chemin s’étire à travers une forêt d’altitude aux fleurs surprenantes. La beauté se déploie, toujours plus fascinante à mesure de l’ascension. Quelque chose gonfle l’air comme une sensation, celle de marcher sur les traces de grandes civilisations disparues. Au fond du ciel blême se dessinent les contours flous des sommets. Une épaisse brume se lève sur le plateau. Une énergie impalpable semble m’envelopper. Nous descendons lentement vers l’autreversant de la montagne jusqu’à la spectaculaire vallée de Belèn au fond de laquelle danse, comme un serpent, un large fleuve.

Ronald nous confie que cette vallée était un lieu sacré pour les Anciens.

Les Indiens Chachapoyas nommaient ce fleuve Yakumama et vénéraient ce serpent d’argent comme un dieu. Une étrange pureté se dégage de ce paysage. Le gris doux des eaux se reflète sur l’herbe brillante. Un ciel d’orage descend et voile peu à peu le tableau d’une teinte pastel. Nous atteignons la plaine, passons une arche de pierres taillées et pénétrons dans la cour d’une ferme où des paysans, gardiens des lieux nous accueillent avec chaleur. Ce sont des amis de Ronald et ils le mettent en garde contre l’orage qui est sur le point d’éclater. Il n’est pas prudent de s’élancer à cette heure tardive sur le chemin inca. Il nous reste cinq heures de marche pour aujourd’hui et nous risquons d’arriver à la nuit au village de Congon. Nous hésitons puis, d’un commun accord, décidons de tenter le coup. Cependant, au moment de passer l’arche qui s’ouvre sur la vallée baignée d’une mystérieuse lumière, un grondement de tonnerre retentit dans la montagne. Le bruit sourd et puissant au moment même de passer la porte nous apparaît à tous comme un avertissement. Ronald confirme nos sentiments : la Pachamama refuse de nous ouvrir le chemin aujourd’hui, pour nous protéger sans doute. Il serait inconscient de se mettre en route contre sa volonté. Il est plus sage de passer la nuit ici. À l’autre bout de la vallée, se dresse l’unique maison qui sert de gîte pour les voyageurs. Sa couleur rose brille sous les trombes d’eau et illumine l’univers blanc de brume. L’orage éclate. Nous courons sur l’herbe humide, longeons le fleuve sacré qui semble étinceler de mille paillettes sous le ciel qui se déverse en grosses gouttes semblables à des écailles. Ce paysage du bout du monde a des allures d’apocalypse. Les fermiers nous escortent en nous rassurant. De beaux chevaux broutent comme si de rien n’était. Nous atteignons la maisonnette. Sur le perron, je regarde disparaître les montagnes dentelées dans la nuit alors que le tracé étrange du fleuve luit doucement dans la pénombre. Nous entrons dans l’auberge froide tandis que les paysans aux traits burinés allument le feu pour le repas. Un froid d’hiver s’infiltre par les portes. Nous dînons dans une cuisine de terre comme il y a mille ans. Après un thé aux feuilles de coca, nous nous réfugions tous dans le dortoir et plongeons sous d’épaisses couvertures. La nuit est lourde sous un chant de pluie. À l’aube, nous levons le camp. Les hommes nous attendent dans la cuisine où cuisent des bananes plantains sur un feu vif. Nous déjeunons en silence. La vallée se dévoile doucement, délaissée par la brume. Nous faisons nos adieux aux fermiers. La route de terre qui longe le val, grimpe dans la montagne. Ronald nous confie que les Incas se sont appropriés le chemin lorsqu’ils avaient conquis ce pays reculé. Du plateau comme aux confins du monde s’étend une vue aérienne sur les monts imprenables qui dorment sous le ciel. Le pouvoir du chemin est puissant. La grandeur du paysage ressemble à l’éternité. Nous amorçons l’interminable descente vers le village de Congon. Des pierres rouges roulent sous nos pieds. Au bord du chemin, une voie ensevelie sous la jungle bifurque dans la profonde forêt. Nous sommes dans la vallée du Gran Vilaya. Elle conduit à une cité ancienne construite au VIIe siècle du nom de Pirkilla. Ronald nous dit que cette ville abritait jadis une large population chachapoyas bien avant la présence inca dans la région. Nous longeons de très hauts murs de pierres recouverts de mousse qui servaient de fortifications. Les maisons étaient ainsi protégées des glissements de terrains. Sur le haut des murailles se trouvaient alors les habitations qui ont aujourd’hui disparu. Nous contournons l’édifice tombé dans l’oubli au coeur d’une jungle sauvage. Je pose mes mains sur les pierres vertes de la muraille humide et me demande comment était la vie en ces temps-là. Puis, nous achevons la boucle et rejoignons le chemin de Congon.
De la vallée traversée par un fleuve, on aperçoit des maisons de terre ocre aux structures de bois dont les toits de tôle argentés scintillent dans la lumière laiteuse. La pluie vient. Arrivée la première, je fais escale dans une demeure le long de la route et attends le groupe. Des femmes coiffées de lainage, des enfants lovés sous leur poncho, me dévisagent avec timidité. Des vieux édentés sont occupés à sucer une tige de métal qu’ils trempent dans un fruit desséché qui contient des feuilles de coca. Je les regarde avec surprise et me laisse imprégner par cette vision d’un autre temps. En silence, nous laissons passer l’averse.
Enfin arrive Ronald avec les autres. Nous poursuivons jusqu’au village. Ici et là, des paysans déchargent des chevaux après des jours de voyage. Depuis leurs balcons de bois, des familles nous saluent. Une profonde gentillesse se dégage de leur visage. Nous logeons chez une famille qui possède quelques chambres à louer. La maison est blanche. Sur le vaste balcon, sèchent vêtements et viandes cuites. Dora, la maîtresse de maison nous propose de nous délasser et nous sert un thé brûlant à l’anis. D’une cuisine sombre où des marmites frémissent au-dessus d’un feu de bois, Dora revient avec des assiettes de légumes pour le déjeuner. De la porte restée ouverte qui donne sur la piste, des enfants curieux nous observent. Ils semblent impatients de faire notre connaissance. Je les invite à venir sur le balcon. Des fous rires éclatent. Les enfants ne semblent pas décidés à partir. Je demande alors à Dora un poste de radio. Une musique populaire en sort en grésillant. Je propose de danser et les gamins de me suivre avec une joie débordante. Le soleil se couche dans un lit de rose et étire ses couleurs chaudes sur le monde. Les enfants s’éclipsent. Nous dînons dans l’euphorie et festoyons. La nuit est courte car Ronald nous réveille déjà avant l’aube et prépare les chevaux.

Quand l’aventure tourne au cauchemar.

Après de grands adieux, la caravane chevauche,maintenant sur une pente de rocailles qui s’élève vers les sommets. L’étendue devant nous semble sans limite et le ciel clair nous enveloppe comme un duvet léger. Nous pénétrons dans une épaisse forêt par un couloir de boue difficilement praticable. Les vaillants chevaux poursuivent leur route tant bien que mal. Des éclaboussures de terre orange maculent nos vêtements. Nous grimpons sans relâche. Nous atteignons enfin un plateau d’où une vue superbe s’étire à l’infini sur la chaîne ondulante. Nous sommes à Lanche. Après un thé fumant préparé par une vieille dame joviale, Ronald nous presse de partir car le ciel devient lourd et indique la pluie. La cavalcade reprend jusqu’aux sommets inaccessibles. Les chevaux glissent sur des roches, manquent de s’échouer dans les précipices et les flaques de boue. Certains tombent de leur monture. Je m’agrippe comme je peux à ma jument. Les bêtes peinent pour atteindre les hauteurs. Je suis effrayée. Ronald me confie que ce n’est rien et qu’ils ont l’habitude. Enfin nous atteignons un replat verdoyant qui plonge dans la vaste plaine. Nous abandonnons les chevaux qui repartent au village et empruntons à pied une ceinture à flanc de falaise qui contourne la montagne. Nous sommes seuls au monde sur ces sommets impressionnants. J’épouse l’infini dans un sentiment de perfection. Nous faisons halte pour contempler l’invisible. Les dernières lueurs solaires inondent les pics luisants. De là haut, le chemin amorce sa chute dans une vallée qui nous conduit au village de Choctamal. Nous marchons sur la terre molle et rouge et croisons un cortège de vieilles femmes vêtues de tissus sombres. Ronald nous confie que ces femmes sont de pures indigènes, descendantes des Chachapoyas. Sur le bord d’un talus les travailleurs d’un chantier se reposent et, avec des sourires édentés, ils nous offrent de l’eau de vie pour nous donner du courage. Épuisés, nous buvons à tour de rôle à la bouteille avant d’atteindre le village où nous passerons la nuit. À l’aube, je découvre le village que borde une route de terre orange. Les habitations sont peintes de symboles indigènes de forme géométrique. Chaque façade possède une large bande horizontale de dessins noirs et rougeâtres.
Le village est magnifique, perdu au coeur des Andes amazoniennes. Le soleil se lève avec douceur. Nous suivons Ronald le long du fleuve pour une offrande à la Pachamama. Sur une pierre entourée d’une niche comme une grotte, il dépose des feuilles de coca, des cigarettes allumées et asperge l’autel d’eau de vie. Ensemble, nous répétons des paroles sacrées et millénaires pour remercier la Terre Mère de ses bienfaits et de sa gracieuse protection. À tour de rôle, nous avalons une gorgée d’alcool que nous recrachons sur l’autel puis mastiquons des feuilles de coca. À la fin du rituel, nous déposons les boulettes sur la pierre et nous rinçons la bouche. Puis, chacun dans le silence se recueille, prie son dieu et formule des voeux secrets. Le torrent bourdonne comme un chant. Nous rentrons au village où un véhicule nous attend pour la forteresse de Kuélap, une des merveilles archéologiques de la région.

Voyage dans les méandres du temps.

Sur un haut plateau qui surplombe de vertigineuses montagnes, se dresse depuis le Xe siècle une forteresse remarquable. Bien avant la conquête inca, l’élite chachapoya s’était regroupée sur le plateau protégé par des murs d’enceinte, à l’abri des envahisseurs. Nous longeons l’aile principale où des chevaux broutent l’herbe grasse. Ronald dit que les remparts contiennent des tombes de guerriers morts dans les batailles. Selon les croyances, les esprits des défunts protégeraient les vivants de la malédiction et de la mort. Une énergie imperceptible se diffuse comme un parfum. Parmi une ample végétation, reposent les habitations primitives dont il ne reste aujourd’hui que des cercles de pierres entravés de grosses racines. Par endroit, dans ce champ de belles ruines logées fièrement tout en haut du monde, de grands arbres embrassent les constructions comme la trace fatale du temps. Des fleurs aux vives couleurs poussent dans les ruines d’une cuisine, à côté d’une pierre à moudre les céréales et quelques lamas gambadent entre les vestiges comme par le passé. Partout où se pose le regard, le spectaculaire paysage s’étale à perte de vue dans une atmosphère magique et irréelle. Il m’apparaît que les Anciens, à la porte des cieux possédaient le sens du divin. Le silence vibre comme le vent. Je déambule, fascinée, parmi les cercles de pierres, pénètre à travers des restes de portes, dans des demeures endormies. Un frisson m’enveloppe. Je m’adosse à un muret mangé par un arbre et contemple le paysage fantastique. L’immensité semble disparaître derrière des voiles de brume. Des cris d’enfants s’échappent et se mêlent au murmure du vent. Il me semble toucher l’absolu. Plus tard, épuisés et heureux, nous reprendrons la route de Chachapoyas.

Texte et photos Yanna Byls



 

MAGAZINE GLOBE-TROTTERS Mars/avril 2010

MAGAZINE GLOBE-TROTTERS   Mars/avril 2010

Sur sa route entre le Mexique et la Bolivie, Yanna Byls s’arrête à Santa Rosa de Copàn, au Honduras.
Ce voyage, qu’elle appelle “Soleil citron vert” est un enchaînement de rencontres musicales et acidulées, cadeaux d’un “hasard qui n’existe pas “ .

SANTA ROSA DE COPÀN
Une famille de musiciens


A Santa Rosa de Copàn, petite ville coloniale construite sur des collines, un cadeau m’attend. Sous une fine pluie, je flâne. Les maisons sont de toutes les couleurs. Les ruelles font les montagnes russes et dansent comme des rubans bariolés qu’agiterait un artiste de cirque. Au sommet, face à la cathédrale d’une violente blancheur, des musiciens jouent des marimbas, sortes de percussions qui ressemblent à un xylophone géant. Je m’arrête, heureuse de plonger au cœur d’une musique inconnue. Le rythme s’emballe comme des notes de salsa et malgré l’orage prêt à éclater, les visages se fendent d’un sourire. Trois ravissantes jeunes femmes viennent à moi et m’entraînent dans une euphorie que le concert attise. Ce sont trois sœurs d’une étonnante beauté et d’une rare vitalité. Elles communiquent par le rire et la joie est leur pain quotidien.

L’aînée, Tatiana, qui vient me parler la première, me présente ses sœurs, Nohelia et Leiby. Elles sont si pétillantes que je me laisse gagner par leur rythme. Tatiana me raconte qu’elles sont filles de musiciens et elle me désigne leur père, qui joue en ce moment pour nous et qui me salue chaleureusement avec ses bâtons de bois. Nous dansons avec légèreté pour le plaisir des vieux mayas aux dents d’or rassemblés autour de nous. Le concert s’achève avec la pluie battante. Nous courons, hystériques, nous protéger sous les arbres qui bordent le zocalo où une fanfare répète courageusement pour le défilé de la fête de l’indépendance. Les filles vont voir leur mère et m’invitent à me joindre à elles, en me demandant si je suis occupée ce soir. Comment leur expliquer que ce qui se passe à cet instant est l’essence même de mon voyage ? Que ces rencontres imprévues sont celles qui pimentent mon chemin ?

Elles trouvent l’idée excitante, de devenir mes muses du jour et dévalent les pavés vers les contre-forts de la ville en riant. Leur jeune frère, Alejandro, nous accueille ravie d’avoir de la visite. Surgit la superbe Alejandra, âgée de 8 ans, fille de Tatiana.
Elle est gracieuse comme une danseuse et joue déjà de son charme. Elle se jette sur moi, fait son numéro et défile comme un modèle avec des robes de princesse. Nous rions de bon cœur. Arrive Arely, mère et grand-mère, qui avec une générosité familière, m’offre un délicieux riz au lait parfumé à la cannelle.

Nous nous affalons tous dans les amples canapés vert-bouteille qui encadrent la pièce simple et coquette. Tatiana me confie alors qu’elle est mariachi. Je suis fascinée, l’imaginant chanter les plaintes populaires, entourée de son orchestre, dans les rues, les bars, là où un homme cherche à séduire une femme comme le veut la tradition. Elle appuie ses dires d’un album photos d’elle en costume pailleté et chapeau aux fils d’or. Son frère précise que tous les membres de la famille sont musiciens depuis leur naissance. Jouer et chanter leur est aussi naturel que de respirer. La petite, adorable à souhait, appuie les paroles de son oncle, de petits rires. Alejandra sort sa guitare, annonce à l’assemblée le morceau qu’elle désire interpréter, rappelle à sa mère les accords, si re do, et lance un « un, dos, tres »  convainquant.

Le frère à la trompette, Tatiana à la guitare, les sœurs au chant, et moi aux premières loges d’un éblouissant spectacle. Les variations langoureuses s’étirent avec un talent qui ferait croire que jouer de la musique est facile. Cette envolée brillante attire enfants de la rue et voisins, qui assistent au concert depuis la porte d’entrée. Des hurlements font trembler la nuit, les notes vibrent dans la sueur, les mains battent le rythme, et les regards sont d’une félicité exaltée. C’est un voyage que je vis, une traversée dans l’univers du son et de l’extase qu’il procure.

La salsa reprend. Alejandro fait résonner son saxophone comme un cri de guerre. Tatiana l’accompagne à la voix. Les paroles sont une prière. Son timbre grave est mélancolique. Je suis émue aux larmes et ne peux m’en cacher. Entre deux morceaux, je remercie dans ma langue cette famille originale de m’offrir tant de plaisir.

Le concert se poursuit en improvisation libre, cette fois.  La créativité nous unit. Je  me mets à danser les sens en feu. Les corps se cognent, les voix se chevauchent, les rires se marient. Nous oublions que je vais m’en aller et l’aube nous sépare déjà.
Toute la famille m’accompagne sur la route obscure. On arrête un taxi pour moi. On s’embrasse comme des frères et sœurs que nous sommes devenus. On me fait promettre de revenir un jour, vivre de musique, de soleil et de rire.

La voiture démarre en trombe dans un nuage de poussière. Des mains s’agitent avec ardeur jusqu’au bout du chemin, jusqu’à la fin de l’instant. C’est la fin de ce rêve d’un jour, d’une nuit.

Textes et photos de Yanna Byls